Banque & paiements

KYC et origine des fonds : préparer un dossier bancaire qui passe, pour une créatrice comme pour une agence OFM.

OnlyFans et KYC : ce que la loi impose à la banque, les pièces demandées à une créatrice et à une agence OFM, l'origine des fonds et les motifs de refus.

Par Olivier MaciejewskiMis à jour le 12 août 202611 min de lecture
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L'essentiel
  • KYC (Know Your Customer) et KYB (Know Your Business) désignent les vérifications que la loi impose à toute banque ou EMI avant d'ouvrir un compte et pendant toute sa durée : identité, bénéficiaires effectifs, objet de la relation, cohérence des opérations (articles L. 561-5, L. 561-5-1 et L. 561-6 du Code monétaire et financier).
  • Un établissement qui ne parvient pas à comprendre votre activité ne peut ni ouvrir le compte ni le maintenir (article L. 561-8) : ses questions viennent de cette obligation.
  • Pour une créatrice OnlyFans ou MYM, le dossier tient en peu de pièces : identité, activité déclarée, relevés de la plateforme, estimation honnête des montants. Pour une agence OFM, s'y ajoutent statuts, bénéficiaires effectifs, contrats de management et schéma des flux.
  • Un dossier est refusé quand l'activité annoncée, les pièces fournies et les flux reçus ne concordent pas, bien plus que pour le secteur. Un libellé comme « marketing digital » l'aggrave s'il sert à masquer l'activité réelle.
  • En 2024, Tracfin a reçu 211 165 déclarations de soupçon, dont 57,2 % émises par les banques. Préparez votre dossier avant l'ouverture du compte plutôt qu'après une première alerte.

Textes et chiffres vérifiés au 12 août 2026. Les sources sont citées en fin d'article.

« Ils me demandent l'origine des fonds, qu'est-ce que je réponds ? » La question arrive chez nous à deux moments : à l'ouverture d'un compte, quand l'établissement réclame des pièces avant de valider, et six mois plus tard, quand un virement OnlyFans ou un reversement d'agence déclenche une demande d'explication. Ce guide reprend ce que recouvrent KYC et KYB, ce que la loi impose à la banque, les pièces qu'elle peut exiger d'une créatrice ou d'une agence OFM et les incohérences qui font refuser un dossier.

KYC, KYB : ce que ces sigles veulent dire

KYC signifie Know Your Customer, « connaître son client » : les vérifications qu'un établissement financier fait sur une personne physique, qui elle est, ce qu'elle fait, d'où vient son argent, à quoi servira le compte. KYB, Know Your Business, est la même démarche appliquée à une société : qui la dirige, qui la détient en dernier ressort, quelle est son activité réelle, comment circulent ses fonds.

Ces sigles ne figurent pas dans la loi française, qui parle d'« identification du client », de « connaissance de la relation d'affaires » et de « vigilance ». Ils recouvrent pourtant quelque chose de très concret : un service conformité, des analystes, un logiciel de surveillance et une grille de risques dans laquelle les revenus de contenu pour adultes sont classés « élevés ». Les plateformes font leur propre KYC à l'inscription ; celui de la banque est plus exigeant, parce que c'est elle qui porte le risque si l'argent qu'elle fait circuler provient d'une infraction.

Ce que la loi impose à la banque, et pourquoi elle vous pose ces questions

Ces obligations figurent dans le Code monétaire et financier. Un analyste qui vous interroge ne fait pas de zèle : il les applique.

Avant d'ouvrir le compte, l'établissement doit identifier son client et, pour une société, ses bénéficiaires effectifs, et vérifier ces identités sur un document probant (article L. 561-5). Il doit aussi recueillir les informations sur l'objet et la nature de la relation d'affaires, c'est-à-dire votre activité, l'usage prévu du compte et les flux attendus (article L. 561-5-1). Ces informations sont actualisées pendant toute la durée de la relation.

Pendant la relation, il exerce une vigilance constante et examine les opérations pour vérifier qu'elles restent cohérentes avec ce qu'il sait de vous (article L. 561-6). Toute opération particulièrement complexe, d'un montant inhabituellement élevé ou sans justification économique apparente fait l'objet d'un examen renforcé : d'où viennent les fonds, à quoi servent-ils, qui en bénéficie (article L. 561-10-2).

S'il ne peut pas conclure, l'article L. 561-8 est sans ambiguïté : l'établissement qui n'est pas en mesure d'identifier son client ou de comprendre la relation n'exécute aucune opération et n'établit ni ne poursuit la relation d'affaires. Un refus après une demande de pièces restée sans réponse est donc l'application de la loi.

S'il soupçonne, il déclare. L'article L. 561-15 impose de déclarer à Tracfin les sommes ou opérations dont l'établissement sait, soupçonne ou a de bonnes raisons de soupçonner qu'elles proviennent d'une infraction punie de plus d'un an d'emprisonnement, ou d'une fraude fiscale répondant à certains critères. Cette déclaration est confidentielle : il est interdit à la banque de vous en révéler l'existence (article L. 561-18). Le volume donne la mesure : en 2024, Tracfin a reçu 211 165 déclarations de soupçon, dont 57,2 % émises par les banques.

Pour une activité OFM, le mot qui compte est cohérence. La banque ne juge pas la moralité du contenu ; elle vérifie que ce que vous lui avez dit, ce que vous lui avez fourni et ce qui arrive sur le compte racontent la même histoire.

Les pièces demandées à une créatrice

Pour une créatrice OnlyFans, MYM ou Fansly qui ouvre un compte dédié à son activité, les pièces que la loi permet à l'établissement d'exiger sont peu nombreuses :

  • une pièce d'identité en cours de validité et un justificatif de domicile ;
  • la preuve que l'activité est déclarée : immatriculation en micro-entreprise ou extrait d'immatriculation de la société, avec un objet cohérent ;
  • une description de l'activité et une estimation des flux mensuels attendus, en montant et en fréquence ;
  • les relevés de gains exportés de la plateforme, qui montrent l'émetteur des virements et leur régularité ;
  • s'il y a une agence : le contrat de management et les factures de commission ;
  • pour un apport initial ou un transfert important : la pièce qui montre d'où vient la somme.

Le point que les créatrices négligent est le troisième. Une estimation honnête des montants ne vous engage pas, mais l'analyste s'en servira comme référence pour juger la cohérence des flux. Annoncer 2 000 € par mois et en recevoir 15 000 déclenche l'examen renforcé ; annoncer 15 000 avec les relevés qui le prouvent ne déclenche rien.

Les pièces demandées à une agence OFM

Pour une agence, le KYB reprend les pièces d'une société classique et y ajoute ce qui décrit l'activité réelle.

  • L'extrait d'immatriculation, les statuts et l'identité des dirigeants.
  • Les bénéficiaires effectifs : toute personne physique qui détient, directement ou indirectement, plus de 25 % du capital ou des droits de vote, ou qui exerce un contrôle sur la société (articles L. 561-2-2 et R. 561-1 du Code monétaire et financier). Une holding étrangère interposée n'exonère pas : la banque remonte jusqu'à la personne physique, et refuse si elle n'y parvient pas.
  • Les contrats de management signés avec les créatrices, qui prouvent que la commission a une cause.
  • Les factures émises aux créatrices, cohérentes avec les contrats.
  • Un schéma des flux sur une page : la plateforme paie la créatrice, la créatrice paie la commission à l'agence, l'agence paie ses chatteurs et ses prestataires.
  • Un prévisionnel de chiffre d'affaires et de trésorerie cohérent avec le nombre de créatrices gérées.
  • Le mode de paiement des chatteurs : contrats de prestation, pays, devise et, le cas échéant, usage de stablecoins (voir notre guide sur les paiements en USDT et USDC).

Le schéma des flux est la pièce qui décide. Une agence dont les créatrices sont payées directement par la plateforme et qui facture sa commission présente un flux simple. Une agence qui encaisse les payouts des créatrices puis reverse présente un flux que l'analyste doit reconstituer, qui gonfle son chiffre d'affaires et qui nourrit l'argument de l'emprise économique développé dans notre guide sur la légalité des agences. La structure des flux se décide avant d'ouvrir le compte.

« Origine des fonds » : ce que justifier veut dire

Quand la banque demande l'origine des fonds, elle attend une chaîne de preuves sans maillon manquant entre la source du revenu et le compte. Pour un revenu OnlyFans, la chaîne est courte : relevé de gains de la plateforme, virement correspondant, activité déclarée sous laquelle ce revenu est imposé. Pour une commission d'agence : contrat, facture, virement de la créatrice. Pour un apport en capital : relevé du compte d'origine et pièce qui explique comment la somme y est arrivée (revenus déclarés, vente d'un bien, donation).

Deux règles. La chaîne doit être datée et lisible : un export de la plateforme avec montants, dates et devise vaut mieux qu'une capture d'écran. Et elle doit être prête avant la question : le délai de réponse laissé par une banque se compte en jours, et une réponse incomplète vaut une absence de réponse.

Présenter l'activité sans mentir ni euphémiser

La tentation est de contourner le mot : écrire « marketing digital », « conseil en image » ou « création de contenus » sans préciser lesquels. Le libellé n'est pas fautif en soi : une agence peut garder « marketing digital » dans son objet social. S'en servir pour taire l'activité réelle à la banque échoue en revanche presque toujours, parce que l'établissement finit par voir le libellé des virements. Le jour où « Fenix International » ou une plateforme connue apparaît sur le relevé d'un client qui a déclaré du conseil, l'analyste voit d'abord un client qui a menti à l'ouverture, et la déclaration de soupçon n'est pas loin.

La bonne présentation est factuelle : « création et diffusion de contenus numériques par abonnement sur des plateformes en ligne, dont OnlyFans et MYM », avec les relevés en face. Pour une agence : « services de gestion de comptes, de marketing et de relation avec les abonnés pour des créateurs de contenus sur plateformes par abonnement, rémunérés par commission ». La formule est exacte et vérifiable. L'établissement reste libre de refuser le secteur ; il ne pourra pas vous reprocher une fausse déclaration, et le dossier restera présentable ailleurs, auprès de la famille d'établissement décrite dans notre guide sur les banques qui acceptent OnlyFans.

Les incohérences qui font refuser un dossier

Elles reviennent d'un dossier à l'autre.

  1. L'objet social ne correspond pas aux flux : une société de « conseil » qui reçoit des paiements de plateformes de contenu.
  2. Les montants annoncés ne correspondent pas aux montants reçus, dans un sens comme dans l'autre.
  3. Un tiers encaisse : le manager reçoit les payouts de la créatrice, ou l'agence reçoit ceux de dix créatrices sur son compte.
  4. Le bénéficiaire effectif est introuvable : holding étrangère, prête-nom, associé qui n'apparaît nulle part.
  5. Les contrats manquent : une commission prélevée sans contrat de management est un flux sans cause.
  6. Les pièces se contredisent : un contrat à 30 % de commission et des factures à 50 %, un prévisionnel de cinq créatrices et des virements de vingt.
  7. La réponse à une demande d'information arrive tard ou incomplète, ce qui vaut refus de coopérer.

Aucune de ces incohérences ne tient au secteur. Toutes se corrigent avant le dépôt du dossier, et aucune ne se rattrape après un refus sans changer ce qui l'a causé.

Délais, revue périodique et vie du compte

Il n'existe pas de délai légal pour ouvrir un compte, hors procédure de droit au compte, où la Banque de France désigne un établissement sous un jour ouvré et où celui-ci dispose de trois jours ouvrés pour ouvrir le compte une fois les pièces reçues. Pour une ouverture ordinaire, la durée dépend de la complétude du dossier : complet, il se traite en quelques jours ; incomplet, il reste en attente à chaque relance.

Le KYC continue après l'ouverture. La loi impose à l'établissement d'actualiser sa connaissance du client pendant toute la relation, et sa classification interne fixe la fréquence des revues, plus rapprochée pour un client classé à risque élevé. Attendez-vous à une demande de pièces à chaque changement notable : hausse durable des montants, nouvelle plateforme, nouveau pays de résidence, nouvel associé, premier flux en devises ou en crypto-actifs. Un dossier tenu à jour, relevés exportés chaque mois et contrats à jour, transforme ces revues en formalité. Nous faisons ce travail de préparation avec les agences et les créatrices, y compris auprès d'établissements à l'étranger quand la structure le justifie.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le KYC d'une banque pour une créatrice OnlyFans ?
C'est l'ensemble des vérifications que la banque doit faire avant d'ouvrir le compte et pendant toute la relation : votre identité, sur un document officiel ; l'objet et la nature de la relation, c'est-à-dire votre activité et les flux attendus ; puis, en continu, la cohérence des opérations avec ce qu'elle sait de vous. Pour une créatrice, cela signifie prouver que l'activité est déclarée et pouvoir expliquer chaque virement de la plateforme.
Quels justificatifs d'origine des fonds une banque demande-t-elle ?
Pour des revenus OnlyFans ou MYM : les relevés de gains exportés de la plateforme, la preuve d'immatriculation de l'activité, et, s'il y a une agence, le contrat de management et les factures de commission. Pour un apport en capital ou un transfert important : la pièce qui montre d'où vient la somme (relevé du compte d'origine, acte de vente, déclaration de revenus). La banque cherche une chaîne continue entre la source du revenu et votre compte.
Que doit fournir une agence OFM pour ouvrir un compte professionnel ?
Les pièces d'une société classique (extrait d'immatriculation, statuts, identité des dirigeants et des bénéficiaires effectifs détenant plus de 25 % du capital ou des droits de vote), plus ce qui décrit l'activité : contrats de management signés avec les créatrices, factures de commission, schéma des flux montrant qui paie qui, prévisionnel de chiffre d'affaires cohérent, et le mode de paiement des chatteurs. L'objet social et la description de l'activité doivent dire la même chose que les contrats.
La banque peut-elle refuser mon dossier sans explication ?
Oui. Une banque n'a pas à motiver un refus d'ouverture ni une clôture, et elle n'a pas le droit de vous dire si elle a fait une déclaration à Tracfin. En cas de refus général, le droit au compte permet de saisir la Banque de France. Mais un refus après demande de pièces signifie le plus souvent que le dossier comportait une incohérence ; la corriger avant de présenter le dossier ailleurs vaut mieux que de le représenter tel quel.
Olivier Maciejewski, fondateur d'OFM Legal
Votre interlocuteurOlivier MaciejewskiFondateur d'OFM Legal · Ancien avocat d'affaires (HEC Paris, Arendt, Clifford Chance) · Partenaire officiel MYMSon parcours Mis à jour le 12 août 2026

Ces informations sont générales et ne remplacent pas un conseil adapté à votre situation. OFM Legal n'est pas un cabinet d'avocats : les actions en justice sont portées par nos avocats partenaires.

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