Banque & paiements

Se faire payer en USDT ou USDC : ce que ça change vraiment pour une créatrice ou une agence.

OnlyFans et crypto : être payé en USDT ou USDC est légal, mais imposable. Cadre MiCA, flat tax, seuil de 305 €, formulaire 3916-bis, risque bancaire.

Par Olivier MaciejewskiMis à jour le 10 septembre 202611 min de lecture
OnlyFans USDTOnlyFans cryptopayer en crypto créateurUSDT impôts
L'essentiel
  • Un stablecoin (USDT, USDC) est un crypto-actif indexé sur le dollar. Depuis le règlement européen MiCA (règlement (UE) 2023/1114), les jetons indexés sur une monnaie officielle ne peuvent être émis dans l'Union que par un établissement de crédit ou de monnaie électronique agréé.
  • Se faire payer en USDT ou USDC est légal et ne dispense ni de l'impôt ni des contrôles bancaires : le revenu est imposable à sa valeur en euros au jour où vous le recevez.
  • Pour un particulier, la revente ultérieure relève de l'article 150 VH bis du CGI : flat tax de 31,4 % (12,8 % d'impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux) sur la plus-value, exonération si le total des cessions de l'année ne dépasse pas 305 €. Pour un professionnel, tout passe dans le résultat (BNC ou BIC).
  • Tout compte de crypto-actifs ouvert sur une plateforme étrangère se déclare sur le formulaire 3916-bis : 750 € d'amende par portefeuille non déclaré, 1 500 € au-delà de 50 000 € de valeur.
  • Le risque se concentre sur la conversion en euros : un virement venant d'une plateforme crypto déclenche la vigilance de la banque, qui demandera l'origine des fonds. Documentez chaque paiement dès le premier.

Textes et chiffres vérifiés au 10 septembre 2026. Les sources sont citées en fin d'article.

« On peut te payer en USDT, c'est plus simple. » La phrase revient dans les échanges entre agences et créatrices, entre agences et chatteurs, et de plus en plus souvent après une fermeture de compte bancaire. Se faire payer en crypto pour du contenu OnlyFans ou du chatting n'a rien d'illégal. Mais la simplicité annoncée s'arrête au moment où il faut déclarer le revenu, puis convertir les jetons en euros sur un compte qui accepte ce flux.

USDT, USDC : ce qu'est un stablecoin

Un stablecoin est un crypto-actif conçu pour garder une valeur fixe par rapport à une monnaie officielle, le plus souvent le dollar américain. L'USDT et l'USDC sont les deux plus utilisés : un jeton vaut, en principe, un dollar, parce que l'émetteur détient en réserve des actifs équivalents et s'engage à rembourser à la valeur nominale. Ils se transfèrent en quelques minutes d'un portefeuille à l'autre, sans banque intermédiaire ni frontière. Le secteur apprécie cette souplesse, les banques s'en méfient : un transfert de stablecoins ne porte ni nom d'émetteur, ni libellé, ni pays d'origine lisible par un analyste conformité.

Pourquoi le secteur OFM se fait payer en crypto

Trois usages dominent. Le premier est le paiement des chatteurs : une agence française qui fait travailler des chatteurs indépendants aux Philippines, au Maroc ou en Amérique latine trouve dans l'USDT un moyen de paiement rapide, sans frais bancaires internationaux ni compte local à ouvrir. Viennent ensuite les créatrices ou les agences dont la banque a résilié la convention, qui se tournent vers les stablecoins pour continuer à recevoir leur part. D'autres, enfin, gardent leurs gains en dollars pour ne pas subir le change.

OnlyFans, lui, ne verse pas les gains de ses créateurs en crypto-actifs : ses conditions générales prévoient des payouts en dollars, par virement bancaire ou portefeuille électronique, que nous détaillons dans notre comparatif des payouts OnlyFans. Les stablecoins apparaissent en aval, entre l'agence et la créatrice, entre l'agence et ses chatteurs, ou quand une créatrice convertit elle-même ses dollars. Chacun de ces maillons est un flux à expliquer.

Le cadre européen : MiCA et les jetons de monnaie électronique

Le règlement (UE) 2023/1114 du 31 mai 2023, dit MiCA (Markets in Crypto-Assets), a donné aux crypto-actifs un cadre unique dans l'Union. Deux dates comptent. Depuis le 30 juin 2024, un jeton qui reproduit la valeur d'une seule monnaie officielle est un « jeton de monnaie électronique » (EMT), et il ne peut être offert au public dans l'Union que par un émetteur agréé comme établissement de crédit ou de monnaie électronique (article 48). Depuis le 30 décembre 2024, les prestataires de services sur crypto-actifs (PSCA, ou CASP) doivent être agréés pour exercer ; la période transitoire accordée en France aux anciens PSAN s'est close le 1er juillet 2026 selon l'AMF.

Conséquence pratique : tous les stablecoins ne se valent pas. L'émetteur de l'USDC a obtenu le 1er juillet 2024 un agrément d'établissement de monnaie électronique auprès de l'ACPR, ce qui rend l'USDC et l'EURC conformes à MiCA. L'ESMA a rappelé le 17 janvier 2025 que les plateformes européennes devaient cesser de proposer à l'achat les jetons dont l'émetteur n'est pas agréé, avec une tolérance en vente seule jusqu'au 31 mars 2025 ; la conservation et le transfert restent possibles. L'USDT, dont l'émetteur n'est pas agréé dans l'Union à la date de rédaction, a ainsi disparu des services d'achat de la plupart des plateformes européennes. Recevoir de l'USDT reste licite ; le convertir en euros sur une plateforme agréée dans l'Union est devenu plus compliqué.

Un réflexe avant toute conversion : vérifier que la plateforme est un PSCA agréé. Un virement issu d'une plateforme non agréée est, pour votre banque, une origine de fonds impossible à documenter.

La fiscalité d'un particulier : article 150 VH bis et flat tax

Pour une personne physique qui gère son patrimoine privé, les cessions de crypto-actifs relèvent de l'article 150 VH bis du code général des impôts. Trois règles suffisent à comprendre le mécanisme.

Une cession imposable est une vente contre des euros ou une autre monnaie officielle, ou l'utilisation de crypto-actifs pour acheter un bien ou un service. L'échange d'un crypto-actif contre un autre, sans soulte, n'est pas imposé : convertir de l'USDT en USDC ne déclenche rien, convertir de l'USDT en euros, si.

La plus-value est imposée au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % : 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, depuis que la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025) a relevé la CSG sur les revenus du capital. Une option pour le barème progressif existe. Si le total des prix de cession de l'année ne dépasse pas 305 €, vous êtes exonéré. Le calcul se fait sur le formulaire 2086, joint à la déclaration de revenus.

Ce régime ne concerne que le particulier qui revend des crypto-actifs qu'il détient. Il ne dit rien du moment où vous les recevez en paiement, et c'est sur ce point que l'erreur est la plus fréquente.

La fiscalité d'un professionnel : le revenu se compte à la réception

Une créatrice, un chatteur indépendant ou une agence qui reçoivent des USDT en paiement d'une prestation encaissent un revenu d'activité, et non une plus-value. La doctrine administrative est constante : les crypto-actifs reçus en contrepartie d'une activité sont imposés selon le régime de cette activité, et non selon l'article 150 VH bis. Pour une créatrice ou un chatteur en micro-entreprise, la valeur en euros des jetons au jour de la réception entre dans les recettes BNC, avec les mêmes cotisations et le même plafond que pour un virement ; notre guide sur la déclaration des revenus OnlyFans donne les taux 2026. Pour une société, cette valeur est du chiffre d'affaires, avec la TVA qui s'y attache le cas échéant.

La conversion ultérieure en euros crée un second événement : l'écart entre la valeur retenue à la réception et la valeur à la vente est un gain ou une perte, qui entre dans le résultat de l'entreprise. Avec un stablecoin indexé sur le dollar, cet écart se limite le plus souvent à la variation du change ; il faut tout de même le constater. Le particulier qui reçoit des jetons hors de toute activité déclarée a un problème plus sérieux que la plus-value : le revenu initial, jamais déclaré, que le contrôle fera ressortir.

Deux conséquences pratiques. Chaque paiement reçu doit être daté et valorisé en euros ce jour-là, avec le cours utilisé. Et l'agence qui paie ses chatteurs en USDT doit recevoir des factures en euros, avec la contre-valeur, exactement comme pour un virement ; le statut de ces chatteurs est traité dans notre guide sur le statut des chatteurs.

Les comptes à l'étranger : formulaire 3916-bis et amendes

Toute personne physique domiciliée en France doit déclarer chaque année, sur le formulaire 3916-bis, les comptes de crypto-actifs ouverts, détenus, utilisés ou clos auprès d'une plateforme établie à l'étranger (article 1649 bis C du CGI). La déclaration se dépose avec la déclaration de revenus, même si le compte est vide ou n'a servi qu'une fois.

L'oubli se paie : l'article 1736 du CGI prévoit une amende de 750 € par portefeuille non déclaré, ou 125 € par omission ou inexactitude, dans la limite de 10 000 € par déclaration ; ces montants passent à 1 500 € et 250 € quand la valeur des comptes a dépassé 50 000 € à un moment de l'année. La loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales a encore étendu ces obligations et renforcé les moyens de recouvrement de l'administration sur les crypto-actifs.

Enfin, le fisc ne dépend plus de votre bonne volonté. La directive (UE) 2023/2226, dite DAC8, impose aux prestataires de services sur crypto-actifs de déclarer aux administrations fiscales, pour les opérations réalisées à compter du 1er janvier 2026, l'identité et les transactions de leurs clients européens. Le mécanisme est le même que DAC7 pour OnlyFans et MYM, et il produira les mêmes lettres de demande d'explication.

Le vrai risque : la conversion en euros et la banque

Le jour où vous convertissez vos USDT en euros et virez le résultat sur votre compte bancaire, votre banque voit arriver un virement d'un émetteur classé « crypto », sur un compte qui reçoit peut-être déjà des paiements OnlyFans : deux facteurs de risque cumulés dans sa classification interne. Elle exerce alors la vigilance constante de l'article L. 561-6 du Code monétaire et financier et, pour un montant inhabituel, l'examen renforcé de l'article L. 561-10-2 : d'où viennent les fonds, quelle activité les a générés, pourquoi sont-ils passés par des crypto-actifs.

Sans réponse documentée, le virement est bloqué, puis le compte fermé, et le suivant sera plus difficile à ouvrir. Ce qui compte alors, plus que le montant, c'est la traçabilité : un historique de transactions exporté de la plateforme, les factures ou contrats qui expliquent chaque paiement reçu, la preuve que l'activité est déclarée et que les comptes étrangers ont été signalés au fisc. Nous décrivons ce que regarde un analyste dans notre guide KYC et origine des fonds.

Pour une agence, la question se pose en amont : payer ses chatteurs en USDT depuis un compte de société suppose que l'établissement qui tient ce compte accepte les sorties vers une plateforme crypto. Certains l'acceptent, d'autres non, et la liste change ; nous la tenons à jour.

Ce qu'il faut documenter dès le premier paiement

Tout ce qu'un analyste bancaire ou un vérificateur fiscal pourrait demander doit exister avant qu'on le demande. Pour chaque paiement en stablecoins :

  • la date, le montant en jetons, la contre-valeur en euros et le cours retenu ;
  • la pièce qui l'explique : facture, contrat de management, contrat de prestation du chatteur ;
  • l'adresse du portefeuille émetteur et le nom de la contrepartie ;
  • pour chaque plateforme utilisée : son agrément et sa déclaration sur le formulaire 3916-bis ;
  • pour chaque conversion en euros : l'historique exporté de la plateforme et le relevé bancaire correspondant.

Tenu au fil de l'eau, ce dossier prend dix minutes par mois. Reconstitué deux ans plus tard, sous la pression d'une banque ou d'un contrôle, il prend des semaines et laisse des trous. Les stablecoins sont utiles pour payer à l'étranger et survivre à une fermeture de compte ; ils ne sont ni un abri fiscal ni un substitut durable à un compte qui accepte votre activité.

Questions fréquentes

Est-il légal de se faire payer en USDT pour du contenu OnlyFans ou du chatting ?
Oui. Un paiement en crypto-actifs est un paiement comme un autre, à condition que l'activité soit déclarée et le revenu comptabilisé à sa valeur en euros au jour de la réception. Ce qui est illégal, c'est de ne pas déclarer le revenu, ou de faire transiter l'argent sans pouvoir en justifier l'origine. OnlyFans, de son côté, ne verse pas les gains en crypto : les stablecoins interviennent surtout dans les relations entre agences, créatrices et chatteurs.
Comment sont imposés des USDT reçus en paiement ?
Deux étapes. À la réception, la valeur en euros des USDT est un revenu d'activité : recettes BNC pour une créatrice ou un chatteur indépendant, chiffre d'affaires pour une société. À la conversion en euros, la différence entre la valeur à la réception et la valeur à la vente est un gain ou une perte : plus-value de l'article 150 VH bis pour un particulier, résultat professionnel pour une entreprise. Avec un stablecoin, cette seconde étape se résume le plus souvent à l'écart de change dollar-euro.
Dois-je déclarer mon compte sur une plateforme crypto étrangère ?
Oui, chaque année, sur le formulaire 3916-bis joint à la déclaration de revenus, pour tout compte de crypto-actifs ouvert, détenu, utilisé ou clos à l'étranger (article 1649 bis C du CGI). L'amende est de 750 € par portefeuille non déclaré, portée à 1 500 € quand la valeur des comptes a dépassé 50 000 € dans l'année (article 1736 du CGI).
Ma banque peut-elle refuser un virement venant d'une plateforme crypto ?
Elle peut le bloquer le temps d'obtenir l'origine des fonds, et clôturer le compte si vous ne répondez pas. Un virement d'une plateforme crypto vers un compte bancaire est une opération que les établissements examinent de près. Préparez avant la conversion l'historique des transactions, les factures ou contrats qui expliquent les paiements reçus et la preuve que la plateforme est agréée.

Sources et textes cités

Olivier Maciejewski, fondateur d'OFM Legal
Votre interlocuteurOlivier MaciejewskiFondateur d'OFM Legal · Ancien avocat d'affaires (HEC Paris, Arendt, Clifford Chance) · Partenaire officiel MYMSon parcours Mis à jour le 10 septembre 2026

Ces informations sont générales et ne remplacent pas un conseil adapté à votre situation. OFM Legal n'est pas un cabinet d'avocats : les actions en justice sont portées par nos avocats partenaires.

Échangeons sur votre agence

N'attendez pas le premier contrôle.

Un premier échange offert de 15 minutes pour identifier les risques de votre agence et obtenir un devis. Réponse sous 24 h.

Olivier Maciejewski en rendez-vous de travail