Fiscalité & expatriation

Créatrice ou agence OFM à Dubaï : ce qui marche, ce qui rattrape.

S'expatrier ou créer une société à Dubaï pour une activité OnlyFans : impôts aux Émirats, résidence fiscale, convention de 1989, exit tax, pénal, banque.

Par Olivier MaciejewskiMis à jour le 7 septembre 202615 min de lecture
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L'essentiel
  • Dubaï n'applique pas d'impôt sur le revenu des personnes physiques (sauf activité dépassant 1 000 000 AED de chiffre d'affaires par an, soumise à l'impôt sur les sociétés) ; l'impôt sur les sociétés est de 9 % au-delà de 375 000 AED de bénéfice, avec des zones franches à 0 % sur les revenus éligibles.
  • Une expatriation OnlyFans à Dubaï ne tient que si la résidence fiscale est réellement transférée : foyer, séjour principal, activité et centre des intérêts économiques hors de France (article 4 B du CGI). Un seul de ces critères en France suffit à y rester imposable.
  • En cas de double résidence, la convention fiscale France-Émirats du 19 juillet 1989 tranche par le foyer permanent, puis par le centre des intérêts vitaux.
  • L'exit tax (article 167 bis du CGI) vise les dirigeants qui détiennent plus de 800 000 € de titres ou 50 % d'une société ; le droit pénal français continue de s'appliquer à un Français à l'étranger (article 113-6 du Code pénal).
  • Le compte bancaire pose souvent plus de difficultés que l'impôt, dans un pays où le décret-loi fédéral n° 34 de 2021 réprime la diffusion de contenus « obscènes ».

Textes et chiffres vérifiés au 7 septembre 2026. Les sources sont citées en fin d'article.

« OnlyFans Dubaï » est devenu un genre à part entière sur TikTok : la créatrice en villa, l'agence en zone franche, zéro impôt. Une partie de cette promesse est vraie. L'autre rattrape, deux ou trois ans plus tard, ceux qui ont confondu expatriation et changement d'adresse. Dubaï offre des avantages réels, mais une expatriation ne tient devant le fisc français qu'à certaines conditions, l'exit tax et le droit pénal continuent de s'appliquer, et l'obstacle est presque toujours bancaire. Pour la question préalable de la déclaration en France, lisez notre guide sur les impôts OnlyFans et MYM.

Pourquoi Dubaï attire les créatrices et les agences OFM

Les chiffres se vérifient sur les sites officiels émiriens. Les Émirats arabes unis n'appliquent aucun impôt sur le revenu des personnes physiques. L'impôt sur les sociétés, créé par le décret-loi fédéral n° 47 de 2022 pour les exercices ouverts depuis le 1er juin 2023, est de 0 % jusqu'à 375 000 AED de bénéfice imposable et de 9 % au-delà. Les sociétés de zone franche qui remplissent les conditions du statut de « Qualifying Free Zone Person » sont imposées à 0 % sur leurs revenus éligibles. La TVA est de 5 %.

Une créatrice résidente des Émirats ne supporte donc localement ni impôt sur le revenu ni cotisations sociales sur ses revenus de plateforme, tant que le chiffre d'affaires de son activité ne dépasse pas 1 000 000 AED par an : au-delà, une personne physique qui exerce une activité est soumise à l'impôt sur les sociétés (décision du Conseil des ministres n° 49 de 2023). Une agence qui crée une société à Dubaï (une société de zone franche, souvent appelée FZCO ou FZ-LLC selon la zone) obtient des visas de résidence pour ses dirigeants, facture ses commissions depuis une entité locale et conserve l'essentiel du bénéfice. S'y ajoutent un fuseau horaire compatible avec les fans américains et européens, une communauté francophone nombreuse et une administration rapide. L'attrait se comprend.

Mais la fiscalité du pays d'accueil ne remplace pas celle du pays de départ : tant que le départ n'est pas réel, elle s'y ajoute.

Une expatriation qui tient : le transfert réel de la résidence fiscale

L'article 4 B du code général des impôts définit qui est domicilié fiscalement en France, et il suffit de remplir un seul de ses critères pour l'être : avoir en France son foyer ou son lieu de séjour principal (en pratique plus de six mois dans l'année), y exercer son activité professionnelle principale, ou y avoir le centre de ses intérêts économiques. Une personne domiciliée en France est imposable sur l'ensemble de ses revenus mondiaux, y compris ceux versés par une plateforme britannique sur un compte émirien.

Pour les expatriations de façade, la conséquence est brutale. Une créatrice qui loue un studio à Dubaï, y passe quatre mois, et dont le compagnon, l'appartement et l'essentiel de la vie restent à Lyon garde son foyer en France. Un dirigeant d'agence qui vit à Dubaï mais dont la société française, les chatteurs et les clients sont à Paris peut y conserver son centre des intérêts économiques. Dans les deux cas, la résidence émirienne ne change rien, même avec un visa et un bail.

Une expatriation solide se reconnaît à des faits plus qu'à des documents : le logement en France est vendu ou loué à un tiers, la famille suit, les journées passées en France sont comptées et restent nettement sous les six mois, l'activité est exercée depuis Dubaï et les revenus y arrivent. Côté émirien, la décision du Conseil des ministres n° 85 de 2022 permet d'obtenir une attestation de résidence fiscale à partir de 183 jours de présence sur douze mois, ou de 90 jours sous conditions de visa et de logement ou d'activité sur place. Cette attestation est utile, mais elle ne lie pas l'administration française, qui applique d'abord ses propres critères.

La convention fiscale France-Émirats de 1989 : ce qu'elle règle, ce qu'elle ne règle pas

La convention signée à Abou Dhabi le 19 juillet 1989, publiée par le décret n° 90-631 du 13 juillet 1990, est en vigueur. Elle définit le résident des Émirats comme toute personne qui y est domiciliée, établie ou y a son siège de direction. Quand une personne est résidente des deux États au regard de leurs droits internes, l'article 4 la départage dans l'ordre : le foyer d'habitation permanent, puis le centre des intérêts vitaux (liens personnels et économiques les plus étroits), puis le lieu de séjour habituel, puis la nationalité.

Elle a deux limites. Elle ne joue qu'en cas de double résidence : si vous n'êtes pas réellement domicilié aux Émirats, il n'y a rien à départager. Et la France élimine les doubles impositions par un crédit d'impôt, tout en conservant des règles particulières pour certains résidents des Émirats qui redeviennent domiciliés en France ou contrôlent des sociétés françaises. La convention sert à celui qui est parti pour de bon, pas à celui qui cherche à rester des deux côtés.

Créer une société à Dubaï : zone franche ou mainland ?

Une société se crée soit sur le territoire continental des Émirats, dit mainland, soit dans l'une des zones franches. La société mainland suit le régime de droit commun : 0 % jusqu'à 375 000 AED de bénéfice imposable, 9 % au-delà. La société de zone franche peut viser 0 % sur ses revenus éligibles avec le statut de Qualifying Free Zone Person, dont l'administration fiscale émirienne liste les conditions : une substance suffisante dans la zone, des revenus éligibles, des états financiers audités, une documentation de prix de transfert et des revenus non éligibles qui ne dépassent ni 5 millions d'AED ni 5 % du chiffre d'affaires.

Pour l'OFM, ce statut tient mal. Les transactions avec des personnes physiques figurent parmi les activités exclues : une agence OnlyFans qui facture ses commissions à des créatrices en nom propre ne peut pas compter sur le 0 %, et si ces revenus dépassent le seuil, la société perd le statut pour l'exercice en cours et les quatre suivants.

Reste la France. Une société émirienne dirigée depuis Paris, avec un bureau ou des personnes qui y concluent les contrats en son nom, peut y avoir un établissement stable au sens de l'article 5 de la convention de 1989, et l'article 209 du CGI, commenté au BOFiP, rend imposables en France les bénéfices qu'une société étrangère tire d'une activité habituelle exercée en France. Une licence de zone franche ne déplace pas le lieu où l'agence travaille.

L'exit tax : qui est concerné

L'article 167 bis du CGI impose, au moment du départ, les plus-values latentes sur les titres de sociétés détenus par une personne qui a été domiciliée en France pendant au moins six des dix dernières années et qui détient soit des titres d'une valeur globale supérieure à 800 000 €, soit une participation d'au moins 50 % dans les bénéfices d'une société.

Une créatrice en micro-entreprise n'a pas de titres : elle n'est pas concernée. Une créatrice en SASU dont la société vaut quelques dizaines de milliers d'euros détient 100 % des titres, donc dépasse le seuil de 50 % : elle entre dans le champ, avec une plus-value latente souvent modeste. Le dirigeant d'une agence qui a bâti une société rentable est en plein dans la cible. Le mécanisme prévoit un sursis de paiement, automatique vers certains pays et sur demande vers d'autres, avec une déclaration spécifique dans les 90 jours précédant le départ, et un dégrèvement de l'impôt après deux ans si les titres n'ont pas été vendus, ou cinq ans lorsque leur valeur dépasse 2,57 millions d'euros. Ce calcul se fait avant de partir, jamais après.

Ce que le droit pénal français continue de couvrir

Une expatriation ne déplace pas le droit pénal. L'article 113-6 du Code pénal rend la loi française applicable à tout crime commis par un Français hors du territoire, et à tout délit si le fait est également puni par la législation du pays où il a été commis. Le proxénétisme (article 225-5, sept ans d'emprisonnement et 150 000 € d'amende) et l'infraction d'exploitation sexuelle en ligne créée par la proposition de loi n° 133 adoptée par le Sénat le 10 février 2026 et transmise à l'Assemblée nationale (sept ans et 150 000 €) suivent le dirigeant français d'agence au-delà de la frontière. Les victimes, elles, sont souvent en France, ce qui fonde une autre compétence des juridictions françaises.

Un dirigeant d'agence installé à Dubaï qui impose des contenus, capte les revenus d'une créatrice ou exerce une emprise sur elle est donc exposé exactement comme s'il vivait à Marseille. Notre guide sur la légalité des agences OFM détaille la frontière entre prestation de services et infraction.

Les pièges qui rattrapent

Les dossiers qui tournent mal se ressemblent. Il y a la résidence de papier : un visa, un bail, une société en zone franche, et une vie qui continue en France ; le fisc reconstitue alors les jours de présence à partir des cartes bancaires, des billets d'avion et des réseaux sociaux. Il y a les jours passés en France que personne n'a comptés, jusqu'au moment où le total dépasse six mois. Le compte bancaire français qui continue de recevoir les payouts de la plateforme, alors que DAC7 déclare cet IBAN à l'administration française avec l'adresse fournie à la plateforme. La famille restée en France, qui fixe le foyer là où vivent le conjoint et les enfants, quel que soit le nombre de nuits passées à Dubaï. Enfin, la société française conservée et dirigée depuis l'étranger, qui garde en France le centre des intérêts économiques et fait parfois naître un établissement stable.

Tous ces pièges se traitent avant le départ : une vraie installation, la clôture ou la neutralisation des attaches françaises, des flux qui arrivent là où vous vivez, une déclaration de départ correctement remplie. Après coup, on les rattrape avec des majorations, et souvent avec un avocat.

Banque aux Émirats et contenu pour adultes : la vraie contrainte

Les vidéos n'en parlent presque jamais. Aux Émirats, la loi encadre strictement les contenus. Le décret-loi fédéral n° 34 de 2021 sur la lutte contre les rumeurs et la cybercriminalité punit, à son article 34, le fait de créer, gérer ou superviser un site, ou de diffuser par un réseau d'informations, des contenus « obscènes » ou contraires aux bonnes mœurs, d'une peine d'emprisonnement et/ou d'une amende de 250 000 à 500 000 AED. Son article 33 réprime l'incitation à la prostitution ou à la débauche par voie électronique. Ces textes sont rédigés largement et leur application aux plateformes d'abonnement n'est pas documentée publiquement ; nous constatons en revanche que les banques et les autorités de zones franches en tiennent compte lorsqu'elles apprécient une activité.

Une créatrice ou une agence qui décrit honnêtement son activité se heurte à des refus d'ouverture de compte ; celle qui la décrit malhonnêtement s'expose à une clôture et à des poursuites locales. Il n'existe pas de raccourci. Un dossier bancaire aux Émirats se construit avec une activité présentée de manière exacte, une structure adaptée et des flux traçables, et la liste des établissements qui l'acceptent change sans cesse : nous la tenons à jour et ne la publions pas, pour les mêmes raisons que dans notre guide sur le compte bancaire bloqué. Pour une créatrice seule, la solution passe souvent par un établissement de paiement plutôt que par une banque locale.

OnlyFans en Andorre : ce que ça change vraiment

L'Andorre attire pour son impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPF), dont le taux est de 10 %. Selon l'administration andorrane, un revenu net inférieur à 24 000 € n'est pas imposé et la tranche de 24 000 à 40 000 € supporte un taux équivalent de 5 %. Est résident fiscal andorran celui qui y vit plus de 183 jours par an ou y a le centre principal de ses intérêts économiques.

Une créatrice en activité relève de la résidence avec travail pour compte propre : elle doit détenir plus de 34 % d'une société andorrane et la diriger, verser 50 000 € non remboursables à l'Autorité financière andorrane depuis la loi 2/2026, et résider effectivement au moins 183 jours par an pour obtenir le renouvellement. La résidence dite passive, réservée aux personnes sans activité lucrative, impose depuis la loi 2/2026 du 22 janvier 2026 un investissement d'au moins 1 000 000 € en actifs andorrans (400 000 € dans le Fonds d'Habitatge) et un versement non remboursable de 50 000 € à l'Autorité financière andorrane. À notre avis, elle ne convient pas à une créatrice qui continue de produire.

Côté français, la convention du 2 avril 2013, en vigueur depuis le 1er juillet 2015, départage les doubles résidences par le foyer permanent, puis par le centre des intérêts vitaux. Son protocole précise qu'un permis de résidence andorran ne suffit pas à faire de vous un résident au sens de la convention. Son article 25 réserve même à la France le droit d'imposer ses ressortissants résidant en Andorre comme si la convention n'existait pas ; cette clause suppose une loi française qui impose sur le critère de la nationalité, ce qui n'existe pas aujourd'hui, mais elle pourrait être activée. L'article 4 B du CGI s'applique comme pour Dubaï.

Ce qu'un projet sérieux prévoit

Une expatriation à Dubaï se prépare dans cet ordre : un bilan de la résidence fiscale actuelle et des attaches qui doivent disparaître, un calcul d'exit tax pour les dirigeants, un choix entre revenus personnels et société de zone franche, une solution bancaire testée avant le départ et non après, et une déclaration de départ propre en France. Comptez quelques mois, pour un coût inférieur à celui d'un redressement. Le premier échange, de quinze minutes, est offert via notre page contact. Pour les agences, la page agences et managers décrit ce que nous structurons avant un départ ou une cession.

Questions fréquentes

Une créatrice OnlyFans qui part à Dubaï ne paie-t-elle plus d'impôt en France ?
Seulement si elle cesse d'être résidente fiscale française au sens de l'article 4 B du CGI : plus de foyer en France, moins de six mois de séjour, pas d'activité principale ni de centre des intérêts économiques en France. Une créatrice installée à Dubaï mais dont le compagnon, le logement et les comptes bancaires restent en France demeure imposable en France sur ses revenus mondiaux. Les Émirats n'imposent pas le revenu des personnes physiques, sauf au-delà de 1 000 000 AED de chiffre d'affaires d'activité par an, où l'impôt sur les sociétés s'applique ; cela ne change rien à l'analyse française.
Faut-il créer une société à Dubaï pour une activité OnlyFans ?
Pas nécessairement pour une créatrice seule, dont les revenus de plateforme sont des revenus personnels dès lors qu'elle réside réellement aux Émirats ; au-delà de 1 000 000 AED de chiffre d'affaires annuel, elle est toutefois soumise à l'impôt sur les sociétés comme personne physique. Une société de zone franche a un sens pour une agence qui emploie ou facture, qui veut un visa de résidence pour ses dirigeants, ou qui doit encaisser des commissions. L'impôt sur les sociétés émirien est de 0 % jusqu'à 375 000 AED de bénéfice et 9 % au-delà, et certaines zones franches offrent 0 % sur les revenus éligibles.
L'exit tax s'applique-t-elle à une créatrice OnlyFans ?
Rarement à une créatrice seule, souvent à un dirigeant d'agence. Elle vise les personnes domiciliées en France six des dix dernières années qui détiennent des titres de sociétés d'une valeur globale supérieure à 800 000 € ou représentant au moins 50 % des bénéfices d'une société. Un sursis de paiement s'applique, et l'impôt est dégrevé après deux ans (cinq ans au-delà de 2,57 millions d'euros de titres) si les titres n'ont pas été cédés.
Peut-on être poursuivi en France pour une activité exercée depuis Dubaï ?
Oui. L'article 113-6 du Code pénal rend la loi française applicable aux crimes commis par un Français hors de France, et aux délits si le fait est aussi puni dans le pays où il a été commis. Le proxénétisme et l'infraction d'exploitation sexuelle en ligne en discussion au Parlement sont des infractions graves : un dirigeant d'agence français à Dubaï n'échappe pas à la loi pénale française.
Peut-on ouvrir un compte bancaire à Dubaï pour des revenus OnlyFans ?
C'est le point le plus difficile du projet. Les banques des Émirats appliquent des règles de conformité strictes et la diffusion de contenus obscènes est une infraction locale (décret-loi fédéral n° 34 de 2021, article 34). Un dossier bancaire pour une activité de contenu pour adultes doit être préparé avec soin, sans dissimulation, et la liste des établissements qui l'acceptent change. Nous la tenons à jour et nous ne la publions pas.

Sources et textes cités

Olivier Maciejewski, fondateur d'OFM Legal
Votre interlocuteurOlivier MaciejewskiFondateur d'OFM Legal · Ancien avocat d'affaires (HEC Paris, Arendt, Clifford Chance) · Partenaire officiel MYMSon parcours Mis à jour le 7 septembre 2026

Ces informations sont générales et ne remplacent pas un conseil adapté à votre situation. OFM Legal n'est pas un cabinet d'avocats : les actions en justice sont portées par nos avocats partenaires.

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