Créatrices & créateurs

Droit à l'image des créatrices de contenu : ce que vous cédez, ce que vous gardez.

Droit à l'image des créatrices de contenu : ce qu'une agence ou une plateforme peut utiliser, cession valable, révocation, droit d'auteur, IA et recours.

Par Olivier MaciejewskiMis à jour le 17 septembre 202614 min de lecture
droit à l'imagedroit à l'image internetcession droit à l'imagedroit à l'image créateur de contenu
L'essentiel
  • Au titre du droit à l'image (article 9 du Code civil), vous pouvez vous opposer à toute captation ou diffusion de votre image que vous n'avez pas autorisée, même si vous publiez vous-même vos contenus.
  • Une cession de droit à l'image est valable si elle fixe clairement ses limites : durée, territoire, supports, finalités et contextes exclus.
  • Une autorisation donnée sans limite de durée peut être révoquée moyennant un préavis raisonnable.
  • Le droit à l'image et le droit d'auteur sont deux droits distincts : sur une photo prise par le photographe de l'agence, l'image est à vous, mais le droit d'auteur est à lui, sauf cession écrite.
  • Face à un deepfake, un clone IA ou une réutilisation après votre départ, vous pouvez agir par mise en demeure, en référé ou en dommages-intérêts ; la seule constatation de l'atteinte ouvre droit à réparation.

Textes et chiffres vérifiés au 17 septembre 2026. Les sources sont citées en fin d'article.

Le droit à l'image permet à toute personne de s'opposer à la captation, à la diffusion et à l'utilisation de son image sans son autorisation. Il s'applique pleinement aux créatrices et créateurs de contenu : publier sur OnlyFans, MYM ou Instagram, c'est autoriser un usage précis, pas renoncer à son image. Ce que vaut une autorisation donnée à une agence ou à une plateforme dépend de sa rédaction : durée, supports, finalités.

Que protège le droit à l'image d'une créatrice de contenu ?

Le droit à l'image découle de l'article 9 du Code civil : « Chacun a droit au respect de sa vie privée. » La jurisprudence en a tiré un droit autonome : toute personne peut s'opposer à ce que son image soit captée, conservée, reproduite ou utilisée sans son accord.

Une créatrice donne beaucoup d'autorisations : à la plateforme pour diffuser, à l'agence pour promouvoir, au photographe pour exploiter ses images. Chacune vaut pour un usage déterminé. Tout ce qui en sort redevient une atteinte : un contenu payant repris sur un site de leaks, une photo réutilisée par l'agence après votre départ, un visage injecté dans une vidéo générée par IA.

Sur internet, une deuxième protection s'ajoute : l'image d'une personne identifiable est une donnée personnelle. Le RGPD vous donne un droit d'effacement, et la CNIL peut être saisie si un site ne répond pas à votre demande de retrait dans le délai d'un mois.

Droit à l'image ou droit d'auteur : qui est titulaire de quoi ?

Le droit à l'image protège la personne représentée. Le droit d'auteur protège celle qui a créé l'œuvre : la photo, la vidéo, le montage. Les deux coexistent sur le même fichier, sans appartenir forcément à la même personne.

ContenuDroit à l'imageDroit d'auteur
Selfie, vidéo tournée par vousVousVous
Photos du photographe de l'agenceVousLe photographe, sauf cession écrite
Photos d'un salarié de l'agenceVousÀ vérifier : le contrat de travail ne suffit pas à transférer les droits
Contenu tourné avec une autre personneChaque personne visibleSelon qui a filmé et monté
Image générée par IA à partir de vos photosVous, si vous êtes reconnaissableIncertain : le droit d'auteur protège une création humaine

Deux conséquences. D'abord, une agence qui commande et paie une séance photo n'en devient pas titulaire : un contrat de louage d'ouvrage ou de service, commande ou contrat de travail, n'emporte aucune dérogation aux droits de l'auteur (article L. 111-1 du Code de la propriété intellectuelle), et toute cession doit mentionner distinctement chaque droit cédé, avec son étendue, sa destination, son lieu et sa durée (article L. 131-3). Ensuite, le photographe titulaire du droit d'auteur ne peut pas exploiter les photos où vous figurez sans votre autorisation au titre du droit à l'image. Pour utiliser un contenu, il faut les deux autorisations.

Ce que vous cédez à une agence ou à une plateforme

À une plateforme

Une plateforme ne devient pas propriétaire de vos contenus, mais elle prend une licence, parfois très large. Les conditions d'OnlyFans (version d'août 2024) précisent que la plateforme ne possède pas vos contenus, mais que vous lui accordez une licence perpétuelle, non exclusive, mondiale, gratuite, sous-licenciable et transférable, pour tout acte lié au fonctionnement de ses services, y compris leur amélioration. Ces conditions ne se négocient pas : lisez-les avant de publier, gardez une copie datée de la version acceptée. Elles ne donnent, en revanche, aucun droit à votre agence.

À une agence

L'agence a besoin d'une autorisation pour publier vos contenus, les promouvoir et parfois les retoucher. C'est normal. Le problème vient des clauses qui transforment cette autorisation de travail en abandon de votre image : cession « mondiale, pour tous supports connus et inconnus, pour une durée illimitée », droit de revendre ou de sous-licencier, d'utiliser vos contenus sur d'autres comptes, de les exploiter après la fin du contrat ou d'entraîner un outil d'IA. Nous détaillons cette clause et sa négociation dans notre article sur les 12 clauses d'un contrat d'agence.

La bonne rédaction tient en une phrase : l'agence peut utiliser votre image et vos contenus pour la promotion des comptes désignés, sur les plateformes et réseaux listés, pendant la durée du contrat, et supprime les copies qu'elle détient à la fin.

Cession du droit à l'image : les limites d'une autorisation valable

La Cour de cassation a posé la règle le 11 décembre 2008 (1re chambre civile, n° 07-19.494) : seul l'article 9 du Code civil s'applique à la cession du droit à l'image, à l'exclusion du Code de la propriété intellectuelle, et la matière relève de la liberté contractuelle. Elle a validé la cession après avoir relevé que les parties en avaient stipulé clairement les limites : durée, domaine géographique, nature des supports, exclusion de certains contextes. Une autorisation large peut être valable ; une autorisation floue est fragile.

CritèreCe qui doit être écritCe qui doit vous alerter
DuréeLa durée du contrat, ou une durée fixe« Sans limite de durée », « définitive et irrévocable »
SupportsLes plateformes et réseaux nommément listés« Tous supports connus et inconnus »
FinalitésLa promotion des comptes désignésRevente, sous-licence, entraînement d'une IA, publicité pour des tiers
TerritoireLe monde si besoin, mais lié aux usages listésUn territoire mondial combiné à des usages illimités
Contextes exclusAucun usage hors des comptes désignésSilence total sur les contextes
RémunérationLe lien avec la commission ou les revenusAucune contrepartie pour une cession étendue

Une autorisation gratuite reste valable au titre du droit à l'image. Pour le droit d'auteur sur vos propres contenus, en revanche, la cession doit en principe prévoir une participation proportionnelle aux recettes, sauf exceptions légales.

Un arrêt récent montre la tendance. Le 13 mai 2026 (n° 24-19.117, non publié au Bulletin), la chambre sociale de la Cour de cassation a approuvé la condamnation d'un employeur qui affichait encore sur son site la photo d'un ancien salarié : l'autorisation écrite, signée en cours de contrat, avait été donnée « sans limitation dans le temps », sans limites suffisamment claires quant à sa durée, et la cour d'appel en avait déduit qu'elle devait cesser à la rupture du contrat de travail. L'affaire concerne un salarié, pas une créatrice, mais la logique est celle que nous opposons aux agences qui réutilisent des contenus après une séparation : une autorisation vague ne survit pas à la relation qui la justifiait.

Peut-on révoquer une autorisation de droit à l'image ?

Sans limite de durée, l'autorisation est révocable. Une clause « définitive et irrévocable » ne la rend pas perpétuelle : le Code civil prohibe les engagements perpétuels (article 1210), et l'article 1211 pose la règle générale : un contrat à durée indéterminée peut prendre fin à tout moment, moyennant le préavis prévu ou, à défaut, un délai raisonnable. L'arrêt de la chambre sociale du 13 mai 2026 va dans le même sens : l'employeur soutenait qu'une autorisation sans limitation de durée ne cessait pas automatiquement et ne pouvait prendre fin qu'avec un préavis ; la Cour a approuvé la cour d'appel qui avait jugé qu'elle cessait dès la rupture.

À durée déterminée, la cession vous engage jusqu'à son terme. Une cession de deux ans, rémunérée, pour des usages précis, ne se retire pas du jour au lendemain sans risque d'indemniser l'autre partie. Deux portes restent ouvertes : le manquement de l'agence (revenus non reversés, contenus publiés hors du cadre convenu), qui permet de mettre fin au contrat, et la contestation d'une clause déséquilibrée.

Le RGPD ajoute un levier. Lorsque le traitement de votre image repose sur votre consentement, vous pouvez le retirer à tout moment (article 7 du RGPD) et demander l'effacement. Quand l'utilisation repose sur l'exécution d'un contrat, ce levier se combine avec les règles du contrat.

Pour révoquer : un écrit daté avec accusé de réception, la liste des contenus et comptes concernés, un délai de retrait, la demande de suppression des copies, le contrat en annexe. Si la révocation accompagne une séparation, suivez la méthode de notre guide pour quitter son agence OnlyFans : l'ordre des étapes compte autant que le fond.

Droit à l'image et IA : clones, deepfakes et étiquetage

L'agence veut créer une version IA de vous. Entraîner un modèle sur vos photos, générer des vidéos que vous n'avez jamais tournées, cloner votre voix pour les messages : aucun de ces usages n'est couvert par une autorisation générale de « promouvoir le compte ». Il faut une autorisation spécifique, écrite, limitée dans le temps, avec suppression du modèle à la fin du contrat.

Un tiers publie un deepfake de vous. La loi du 21 mai 2024 visant à sécuriser et à réguler l'espace numérique a renforcé le Code pénal. L'article 226-8 punit la diffusion, sans consentement, d'un contenu généré par un traitement algorithmique représentant l'image ou les paroles d'une personne, lorsque son caractère artificiel n'est ni évident ni mentionné : un an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende, deux ans et 45 000 € en ligne. L'article 226-8-1 vise les hypertrucages à caractère sexuel : deux ans et 60 000 €, trois ans et 75 000 € en ligne. Conservez les preuves, faites retirer, portez plainte ; appelez le 17 en cas de danger, et le 3919 (Violences Femmes Info) pour être écoutée et orientée.

Vous utilisez vous-même l'IA. Depuis le 2 août 2026, l'article 50 du règlement européen sur l'intelligence artificielle impose aux « déployeurs », les professionnels qui utilisent un système d'IA pour produire un hypertrucage, d'indiquer que le contenu a été généré ou manipulé artificiellement. Pour l'influence commerciale, la loi du 9 juin 2023 impose en outre une mention signalant l'image virtuelle lorsqu'un visage ou une silhouette est produit par IA. Enfin, un contenu entièrement généré, sans apport créatif humain, n'offre qu'une protection incertaine au titre du droit d'auteur : c'est surtout votre droit à l'image qui vous protège.

Utilisation abusive de votre image : retrait, mise en demeure, référé, dommages-intérêts

ÉtapeAuprès de quiObjectif
1. Figer la preuveCaptures datées, URL, constat de commissaire de justice si l'enjeu le justifieProuver l'atteinte et sa durée
2. Demander le retraitLe site ou l'hébergeur, par une notification conforme au DSAFaire cesser vite
3. Mettre en demeureL'agence, le photographe ou l'utilisateur identifiéPoser le cadre et un délai
4. Saisir la CNILSi le site ne répond pas sous un moisObtenir l'effacement
5. RéféréLe président du tribunal judiciaireRetrait ordonné sous astreinte
6. Dommages-intérêtsLe tribunalRéparer le préjudice

La mise en demeure rappelle ce que vous avez autorisé et ce que vous n'avez pas autorisé, cite le contrat et l'article 9 du Code civil, liste les contenus et fixe un délai court.

Le référé est l'outil de l'urgence : l'article 9 permet au juge de prescrire toutes mesures propres à faire cesser l'atteinte, en référé s'il y a urgence, par exemple un retrait sous astreinte.

Les dommages-intérêts réparent le préjudice moral et le préjudice économique : un contenu que vous vendez a une valeur. Vous n'avez pas à prouver un préjudice distinct : la seule constatation d'une atteinte au droit à l'image ouvre droit à réparation (Cour de cassation, 1re chambre civile, 2 juin 2021, n° 20-13.753). Si vous êtes l'auteure des contenus, l'action en contrefaçon s'ajoute. Pour les contenus intimes diffusés sans accord, notre guide sur les leaks de contenus détaille la plainte, les notifications aux hébergeurs, le DMCA et le déréférencement.

Ce que nous voyons en pratique

Dans les contrats que nous relisons, la clause d'image est souvent la plus large du document, et la moins lue : cession mondiale, sans limite de durée, pour tous supports. Les litiges naissent à la séparation, quand l'agence continue d'utiliser des extraits pour ses comptes promotionnels ou pour recruter, et les questions liées à l'IA se multiplient. Dans la plupart de ces dossiers, la créatrice est en position de force si elle a gardé le contrat, les échanges et les preuves de publication.

Autorisez votre image usage par usage, par écrit, avec une durée, des supports, des finalités et un territoire ; sachez qui détient les droits d'auteur de chaque séance ; interdisez les usages d'IA que vous n'avez pas choisis. OFM Legal n'est pas un cabinet d'avocats : nous relisons et renégocions les clauses, préparons la mise en demeure et le dossier de preuves, et nos avocats partenaires prennent le relais devant le juge. Écrivez-nous depuis la page créatrices et créateurs.

Questions fréquentes

Le droit à l'image s'applique-t-il sur internet ?
Oui, sans aucune différence avec le papier. Toute personne peut s'opposer à la diffusion en ligne de son image si elle ne l'a pas autorisée, et l'image d'une personne identifiable est aussi une donnée personnelle au sens du RGPD. En pratique, vous demandez d'abord le retrait au site ; faute de réponse satisfaisante sous un mois, vous pouvez saisir la CNIL, ou le juge.
Une créatrice OnlyFans ou MYM a-t-elle encore un droit à l'image ?
Oui. Publier sur une plateforme payante, c'est autoriser une diffusion précise, dans un cadre précis. Cela n'autorise ni la reprise de vos contenus sur un autre site, ni leur utilisation par une agence après la fin du contrat, ni leur transformation par une IA. Chaque usage qui sort du cadre de votre autorisation est une atteinte.
Peut-on révoquer une cession de droit à l'image ?
Une autorisation donnée sans limite de durée n'est pas perpétuelle : les engagements perpétuels sont prohibés (article 1210 du Code civil) et l'article 1211 permet de mettre fin à un contrat à durée indéterminée moyennant un préavis raisonnable. En 2026, la Cour de cassation a même approuvé une cour d'appel qui avait jugé qu'une autorisation sans limitation de durée donnée à un employeur cessait à la rupture du contrat de travail. Une cession à durée déterminée et rémunérée vous engage en principe jusqu'à son terme, sauf manquement du cocontractant. Une révocation anticipée peut alors vous exposer à une indemnisation.
Qui possède les photos : la créatrice, le photographe ou l'agence ?
Le droit d'auteur appartient à celui qui crée la photo : vous pour vos selfies et vos vidéos, le photographe pour les images qu'il prend. Le fait que l'agence ait commandé et payé la séance ne lui transfère pas ce droit : il faut une cession écrite qui détaille chaque droit cédé. De son côté, le droit à l'image reste toujours le vôtre, et le photographe ne peut pas exploiter vos photos sans votre autorisation.
Que faire si une agence utilise mon image après mon départ ?
Réunissez les preuves (captures datées, URL, contrat), puis adressez une mise en demeure qui rappelle la fin du contrat, les limites de l'autorisation et un délai de retrait. Si rien ne bouge, le juge des référés peut ordonner le retrait sous astreinte, et vous pouvez demander des dommages-intérêts : la seule constatation de l'atteinte à l'image ouvre droit à réparation.
Un deepfake de moi est-il illégal ?
Diffuser sans votre consentement un montage ou un contenu généré par IA qui reproduit votre image est puni par l'article 226-8 du Code pénal ; s'il est à caractère sexuel, l'article 226-8-1 prévoit jusqu'à deux ans d'emprisonnement et 60 000 € d'amende, portés à trois ans et 75 000 € quand la diffusion a lieu en ligne. Conservez les preuves, faites retirer, portez plainte, et appelez le 17 en cas de danger.
Olivier Maciejewski, fondateur d'OFM Legal
Votre interlocuteurOlivier MaciejewskiFondateur d'OFM Legal · Ancien avocat d'affaires (HEC Paris, Arendt, Clifford Chance) · Partenaire officiel MYMSon parcours Mis à jour le 17 septembre 2026

Ces informations sont générales et ne remplacent pas un conseil adapté à votre situation. OFM Legal n'est pas un cabinet d'avocats : les actions en justice sont portées par nos avocats partenaires.

Échangeons sur votre situation

Le fisc connaît déjà vos revenus.

Un premier échange offert de 15 minutes pour faire le point sur vos déclarations, votre contrat et vos revenus. Réponse sous 24 h.

Olivier Maciejewski en rendez-vous de travail