Comprendre l'OFM

OFM business : comment une agence OnlyFans gagne de l'argent, et pourquoi la plupart s'arrêtent.

Le modèle économique d'une agence OFM en chiffres : commission de 20 à 50 % des revenus nets, coûts, compte de résultat, les trois risques qui tuent.

Par Olivier MaciejewskiMis à jour le 25 août 20268 min de lecture
OFM businessbusiness OFMOFM business salaireagence OnlyFans rentabilité
L'essentiel
  • Une agence OFM vend un service aux créatrices et se paie par une commission sur les revenus nets, le plus souvent entre 20 et 50 % après la commission de la plateforme.
  • Ses coûts sont d'abord humains (chatteurs, acquisition, contenu), puis structurels (outils, banque, comptabilité, conformité) ; sa marge dépend du volume et de la discipline bien plus que du taux de commission.
  • OnlyFans a reversé 5,80 milliards de dollars à ses créateurs sur l'exercice 2024, MYM 69 millions d'euros en 2023, avec une répartition très inégale.
  • Les formations « OFM business » vendues en ligne promettent des revenus rapides sans qu'aucun chiffre public ne les étaye, et passent sous silence le droit, qui est ce qui arrête les agences.
  • La banque, la requalification URSSAF et le pénal ferment une agence plus sûrement qu'un mauvais marketing.

Textes et chiffres vérifiés au 25 août 2026. Les sources sont citées en fin d'article.

« OFM business » est tapé un millier de fois par mois sur Google en France. L'expression recouvre deux choses qui n'ont rien à voir : des agences structurées qui gèrent des dizaines de créatrices avec des équipes, des contrats et des experts-comptables, et des formations vendues sur TikTok qui promettent 10 000 € par mois en trois semaines. Nous décrivons ici le premier modèle, chiffres à l'appui. Le second finit rarement bien.

D'où vient l'argent : la commission sur les revenus nets

Le contenu, c'est la créatrice qui le produit. L'agence lui vend un service : acquisition d'abonnés sur les réseaux sociaux, conversations avec les fans, planification, administration. Elle prélève en échange un pourcentage des revenus de la créatrice, fixé par contrat.

Le calcul part toujours du revenu net de plateforme. Sur 10 000 $ payés par les fans, OnlyFans garde 20 % et reverse 8 000 $ à la créatrice. C'est sur ces 8 000 $ que s'applique la commission de l'agence, couramment comprise entre 20 et 50 % selon l'étendue des services. À 30 %, l'agence facture 2 400 $ et la créatrice conserve 5 600 $. Un taux élevé traduit un service plus complet, ou une créatrice qui a mal négocié. Il ne dit rien de la rentabilité de l'agence.

Deux schémas de flux existent. Soit la plateforme paie directement la créatrice, qui règle la commission à l'agence sur facture. Soit l'agence encaisse tout et reverse. Le second est plus simple à gérer et beaucoup plus risqué : pour la banque, qui voit transiter des flux qu'elle ne comprend pas ; pour le fisc, qui compare ce que déclarent les créatrices avec ce que facture l'agence ; et pour le juge, qui peut y lire un partage de revenus plutôt qu'une prestation. Les agences qui durent facturent.

Où va l'argent : la structure de coûts

La marge d'une agence se joue sur cinq postes.

  • Les chatteurs vendent le PPV et fidélisent les fans. Ils sont payés à l'heure, au fixe ou au pourcentage des ventes, souvent depuis l'étranger. C'est le premier poste de coût, et le premier risque juridique : leur statut décide de l'exposition URSSAF et pénale de l'agence.
  • L'acquisition passe par des comptes de promotion sur les réseaux, du contenu de teasing, parfois de la publicité. Sans elle, une créatrice plafonne vite, quelle que soit la qualité du chatting.
  • Les outils (CRM spécialisés, gestion des messages, statistiques, planification) coûtent quelques centaines d'euros par mois. Au-delà de deux ou trois créatrices, on ne s'en passe plus.
  • La conformité et l'administratif couvrent les contrats, les consentements, la comptabilité, l'expert-comptable, la TVA et la banque. C'est le poste que les agences débutantes suppriment, et celui dont l'absence les ferme.
  • La structure (société, compte professionnel, assurances, éventuellement une holding) pèse peu en valeur absolue, mais tout le reste s'appuie dessus.

Un exemple de compte de résultat, à titre d'hypothèse

Prenons une agence qui gère dix créatrices à 5 000 € de revenus nets mensuels chacune, avec une commission moyenne de 30 %. Ce cas est une hypothèse de travail, pas une statistique.

PosteMontant mensuelCommentaire
Revenus nets des créatrices gérées50 000 €10 créatrices à 5 000 € nets de plateforme
Chiffre d'affaires de l'agence (30 %)15 000 €Commission facturée aux créatrices
Chatteurs5 000 à 7 000 €4 à 6 chatteurs, selon le pays et le mode de rémunération
Acquisition et contenu1 500 à 2 500 €Comptes de promotion, teasing, publicité
Outils et CRM300 à 600 €Selon le nombre de comptes gérés
Comptabilité, contrats, conformité800 à 1 500 €Expert-comptable, mise à jour des contrats, consentements
Structure, banque, assurances300 à 600 €Société, compte professionnel, frais bancaires
Résultat avant impôts et rémunération du dirigeant2 800 à 7 100 €Soit 19 à 47 % du chiffre d'affaires

La rentabilité dépend d'abord du volume : avec la même structure de coûts, vingt créatrices doublent presque le résultat. Les chatteurs décident de tout, dans les comptes comme dans le risque. Quant à la ligne « conformité », qui paraît superflue à 1 000 € par mois, elle coûte moins qu'un seul redressement URSSAF ou qu'un seul compte bancaire fermé au mauvais moment.

La taille réelle du marché

Les comptes de Fenix International, la société qui exploite OnlyFans, donnent l'échelle pour l'exercice clos le 30 novembre 2024 : 7,22 milliards de dollars de paiements bruts, 5,80 milliards reversés aux créateurs, 4,63 millions de comptes créateurs et 377,5 millions de comptes fans dans le monde. En France, MYM annonçait en mars 2024 15 millions d'utilisateurs actifs, 500 000 créateurs et 69 millions d'euros reversés aux créateurs en 2023.

Ces chiffres ne disent rien de la répartition. Aucune source officielle ne publie la distribution des revenus par créateur en France, et les pourcentages qui circulent (« 1 % des créateurs captent l'essentiel ») ne reposent sur aucune donnée vérifiable. Ce que nous constatons chez nos clients : une agence vit de quelques créatrices qui performent, et perd de l'argent sur celles qui démarrent. Le recrutement et la sélection comptent autant que le chatting.

Les formations « OFM business »

Le succès de l'expression doit beaucoup aux formations vendues en ligne, souvent par des managers qui débutent eux-mêmes. Certaines enseignent des méthodes d'acquisition et de chatting utiles. Aucune, à notre connaissance, ne traite sérieusement des trois sujets qui ferment les agences : la banque, le droit du travail et le droit pénal. Trois signaux doivent vous faire passer votre chemin : une promesse de revenus chiffrée, un modèle qui repose sur des contenus ou des rencontres imposés aux créatrices, et l'absence totale de contrat dans ce qui est enseigné.

Le droit de rétractation s'applique à la plupart de ces formations achetées en ligne par un particulier ; il ne s'applique plus une fois le contenu consommé, ce que les vendeurs savent très bien.

Les trois risques qui tuent une agence

La banque. Un compte fermé sans préavis, des payouts qui n'arrivent plus, des créatrices qui partent parce qu'elles ne sont plus payées. C'est la première cause d'arrêt que nous voyons, et la plus évitable : société, compte professionnel, dossier de conformité préparé, établissement qui accepte le secteur. Le guide sur les comptes bloqués détaille la marche à suivre.

La requalification URSSAF. Des chatteurs ou des créatrices payés à la commission mais soumis à des horaires, des scripts et des sanctions ressemblent à des salariés. La présomption de non-salariat de l'article L. 8221-6 du Code du travail tombe devant un lien de subordination, et le redressement porte sur trois ans de cotisations. Le statut des chatteurs est le point à régler en premier.

Le pénal. Le proxénétisme de l'article 225-5 du Code pénal suppose une prostitution, donc un contact physique selon la Cour de cassation (2022). Une agence qui gère des contenus en ligne n'en relève pas par principe ; une agence qui impose des contenus, organise des rencontres ou exerce une emprise, si. La proposition de loi n° 133 adoptée par le Sénat en février 2026 crée une infraction d'exploitation sexuelle en ligne centrée sur la contrainte et l'abus de vulnérabilité. Notre guide Agence OFM : est-ce légal ? en détaille les contours.

Ce qui distingue une agence qui dure

Une agence qui dure a signé avec chaque créatrice un contrat écrit qui dit qui possède le compte et comment on se quitte. Ses chatteurs ont un statut clair et des limites écrites. Elle a une société, un compte professionnel et un expert-comptable dès le premier mois, et des flux qu'elle peut expliquer à n'importe quel banquier en une page. Ses créatrices restent libres de leur contenu : c'est la condition de la légalité de l'activité, et ce sont elles qui restent.

Aucune formation à 2 000 € n'enseigne cela. Avec les bons partenaires, quelques semaines suffisent pour le mettre en place.

Questions fréquentes

Combien gagne une agence OFM ?
Il n'existe aucune statistique officielle. La rémunération est une commission de 20 à 50 % des revenus nets des créatrices gérées : une agence qui gère dix créatrices à 5 000 € nets par mois génère entre 10 000 et 25 000 € de chiffre d'affaires mensuel, avant de payer ses chatteurs, ses outils et ses impôts. Ce qui reste dépend de la structure de coûts, pas du taux affiché.
Faut-il beaucoup d'argent pour lancer une agence OFM ?
Peu de capital, mais du temps et de la rigueur. Une société se crée avec un capital symbolique ; les vrais coûts sont les chatteurs, l'acquisition, les outils, la comptabilité et les contrats. Lancer sans contrats ni compte professionnel coûte toujours plus cher, six mois plus tard.
Les formations OFM business valent-elles le coup ?
Certaines enseignent des méthodes de marketing utiles ; aucune, à notre connaissance, ne traite sérieusement du droit, de la banque et de la fiscalité, qui sont pourtant ce qui arrête les agences. Méfiez-vous de toute promesse de revenus chiffrée et de tout modèle qui repose sur des contenus imposés aux créatrices.
Qu'est-ce qui différencie une agence qui dure ?
Des contrats écrits avec chaque créatrice, des chatteurs cadrés, une société et un compte professionnel dès le début, des flux que l'on peut expliquer à une banque, et des créatrices qui restent libres de leur contenu. C'est moins spectaculaire qu'une formation, et c'est ce qui fait la différence à trois ans.
Olivier Maciejewski, fondateur d'OFM Legal
Votre interlocuteurOlivier MaciejewskiFondateur d'OFM Legal · Ancien avocat d'affaires (HEC Paris, Arendt, Clifford Chance) · Partenaire officiel MYMSon parcours Mis à jour le 25 août 2026

Ces informations sont générales et ne remplacent pas un conseil adapté à votre situation. OFM Legal n'est pas un cabinet d'avocats : les actions en justice sont portées par nos avocats partenaires.

Échangeons sur votre situation

Ça n'arrive pas qu'aux autres.

Un premier échange offert de 15 minutes, par formulaire ou Telegram, pour savoir où vous en êtes. Réponse sous 24 h.

Olivier Maciejewski en rendez-vous de travail