
- Depuis le 2 août 2026, l'article 50 de l'AI Act impose d'informer les personnes qu'elles échangent avec une IA et de signaler les hypertrucages. Un chatbot qui se fait passer pour la créatrice tombe sous cette obligation.
- OnlyFans, MYM et Fanvue exigent tous que les contenus générés par IA soient étiquetés (#ai, « image virtuelle », mention dans la bio) ; seul Fanvue accepte explicitement les créateurs 100 % IA.
- Faire croire à un fan qu'il parle à la créatrice alors qu'il échange avec une machine peut constituer une pratique commerciale trompeuse : deux ans d'emprisonnement et 300 000 € d'amende, portés à cinq ans et 750 000 € quand la pratique est commise en ligne.
- Cloner le visage ou la voix d'une créatrice suppose son consentement précis, révocable et, en pratique, écrit. Sans ce consentement, le clonage porte atteinte à son image, et diffuser un contenu sexuel ainsi produit est un délit (article 226-8-1 du Code pénal).
- Le contrat agence / créatrice doit contenir des clauses IA : usages autorisés, validation, étiquetage, propriété du modèle entraîné et suppression en fin de contrat.
Textes et chiffres vérifiés au 11 septembre 2026. Les sources sont citées en fin d'article.
L'« OFM IA » est légal, sous conditions. Une agence peut utiliser un chatbot pour répondre aux fans, publier des contenus générés par IA ou exploiter un modèle virtuel, à trois conditions : le dire (l'AI Act l'impose depuis le 2 août 2026, et OnlyFans, MYM et Fanvue exigent tous un étiquetage), ne jamais faire croire au fan qu'il parle à la créatrice quand c'est une machine qui répond et obtenir le consentement écrit de la créatrice avant de cloner son visage ou sa voix.
Que recouvre l'« OFM IA » ?
Sous ce mot, le secteur range trois pratiques qui n'ont pas le même régime juridique.
- Le chatbot de chatting. Un outil rédige ou suggère les messages envoyés aux fans, parfois les envoie seul, et vend des contenus à l'unité (PPV). C'est l'usage le plus répandu, et le plus exposé au droit de la consommation.
- Le modèle virtuel 100 % IA. Une personne qui n'existe pas, générée de toutes pièces, avec son propre compte. Pas de droit à l'image en jeu, mais des règles de plateforme très différentes.
- Le clone d'une créatrice réelle. Un modèle entraîné sur ses photos ou sa voix produit des contenus qu'elle n'a pas tournés. C'est la pratique la plus sensible : droit à l'image, données personnelles, et droit pénal dès que le contenu est sexuel.
Ce que nous voyons en pratique : des outils de chatting « assistés par IA » adoptés sans que personne ne soit prévenu, des contrats muets sur l'IA, et des accords de clonage donnés par message vocal. Le jour d'une rupture ou d'un signalement, c'est la première pièce qu'on vous demande.
Que dit l'AI Act depuis le 2 août 2026 ?
Le règlement européen sur l'intelligence artificielle (règlement (UE) 2024/1689) impose, à son article 50, des obligations de transparence applicables depuis le 2 août 2026. Le règlement « omnibus » (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026 a reporté les obligations sur les systèmes à haut risque, pas celles-ci.
Trois obligations concernent l'OFM :
- Informer qu'on parle à une IA (article 50, paragraphe 1). Un système conçu pour interagir avec des personnes doit être conçu de façon qu'elles sachent qu'elles échangent avec une IA, sauf si c'est évident pour une personne raisonnablement informée. Sur un compte présenté comme celui d'une femme réelle, cette exception ne joue presque jamais.
- Marquer les contenus générés (paragraphe 2). Les images, vidéos, sons et textes produits par un outil génératif doivent porter un marquage lisible par machine. Cette obligation pèse sur l'éditeur de l'outil ; les systèmes déjà sur le marché avant le 2 août 2026 ont jusqu'au 2 décembre 2026.
- Signaler les hypertrucages (paragraphe 4). L'AI Act définit l'hypertrucage comme un contenu image, audio ou vidéo généré ou manipulé par IA, qui ressemble à des personnes existantes et pourrait être pris à tort pour authentique. Celui qui l'utilise doit indiquer qu'il est artificiel. Un contenu réaliste produit par le clone d'une créatrice réelle entre en principe dans cette définition.
Une nuance compte : le paragraphe 1 vise le fournisseur, celui qui développe le système, ou le fait développer, et le met en service sous son propre nom. Une agence qui utilise un outil de chatting du marché est en principe déployeur ; celle qui assemble son propre chatbot et le fait tourner sous sa marque peut devenir fournisseur. Dans les deux cas, le droit de la consommation s'applique.
Les manquements à l'article 50 sont passibles d'amendes jusqu'à 15 millions d'euros ou 3 % du chiffre d'affaires annuel mondial (article 99). L'omnibus ajoute enfin, à partir du 2 décembre 2026, l'interdiction d'utiliser un système d'IA qui génère des contenus intimes ou sexuels réalistes (images, vidéos, sons) d'une personne identifiable sans son consentement explicite.
OnlyFans, MYM, Fanvue : que permettent les plateformes ?
Les trois plateformes acceptent l'IA, mais leurs différences sont décisives pour un projet de modèle virtuel.
| OnlyFans | MYM | Fanvue | |
|---|---|---|---|
| Contenus générés par IA | Autorisés s'ils sont légendés clairement (#ai, #AIGenerated) | Autorisés s'ils sont signalés (« image virtuelle », #AI, #AIgenerated), badge « IA » possible | Autorisés avec une mention claire et visible (légende, filigrane, bio) |
| Personne réelle représentée | La créatrice répond de tout ce qui est publié sur son compte | Interdit sans consentement écrit formel de la personne, même célèbre | Pas d'usurpation d'une personne autre que le titulaire du compte ; réplique IA seulement avec consentement documenté et vérification d'identité de la personne |
| Chatbot / tiers à la messagerie | Pas de règle publique spécifique ; la responsabilité de la créatrice demeure | Autorisé : chatbot, mandataire ou IA | Pas de règle publique spécifique relevée |
| Modèle 100 % IA | Aucune ouverture explicite dans les conditions publiques | Pas de distinction dans les CGU, étiquetage obligatoire | Accepté, tag IA dans la bio, vérification d'identité identique |
Sur OnlyFans, les conditions d'utilisation imposent de légender clairement tout contenu généré par IA, et précisent que l'aide d'un tiers dans la gestion du compte « n'affecte pas » la responsabilité juridique de la créatrice. Avant de lancer un modèle virtuel sur OnlyFans, faites vérifier la politique d'usage acceptable en vigueur.
MYM (CGU du 24 juillet 2025) autorise l'IA pour générer des contenus et gérer la messagerie, et décline toute responsabilité envers un fan qui s'estimerait lésé de ne pas échanger directement avec la créatrice. Cette clause protège MYM, pas l'agence ni la créatrice : le droit de la consommation ne se neutralise pas par contrat.
Fanvue admet les créateurs IA, identifiés par un tag dans leur bio. Ses règles communautaires (version du 14 juin 2026) interdisent d'utiliser l'IA pour usurper l'identité d'une personne réelle autre que le titulaire du compte, excluent toute ressemblance avec une personne mineure et n'admettent un contenu qui réplique une personne réelle qu'avec son consentement documenté et la vérification de son identité. Le détail est dans notre comparatif OnlyFans, MYM, Fansly et Fanvue.
Chatbot OnlyFans : peut-on faire croire au fan qu'il parle à la créatrice ?
Non. La question ne date pas de l'IA : les chatteurs humains écrivent déjà au nom de la créatrice, et nous avons expliqué comment encadrer leur travail dans notre article sur le statut des chatteurs. L'IA change l'échelle, et ajoute un texte qui vise précisément le fait de cacher la machine.
Le Code de la consommation (articles L121-2 et suivants) qualifie de trompeuse une pratique commerciale qui repose sur des allégations ou présentations fausses ou de nature à induire en erreur, notamment sur les caractéristiques essentielles du service, ou qui omet une information substantielle. Or ce que le fan paie, dans un message privé ou un contenu « personnalisé », c'est souvent le caractère personnel de l'échange. La sanction est prévue à l'article L132-2 : deux ans d'emprisonnement et 300 000 € d'amende, portés à cinq ans et 750 000 € depuis la loi du 10 mai 2024 quand la pratique est commise en ligne, et l'amende peut atteindre 10 % du chiffre d'affaires annuel moyen.
Les conditions d'OnlyFans vont dans le même sens : la créatrice garantit que chaque contenu correspond à sa description, y compris à ce qu'elle affirme sur sa nature. Une vidéo vendue comme « tournée pour toi » et produite par un clone est un contenu mal décrit.
La ligne de conduite que nous recommandons :
- une mention claire dans la bio, du type « messages gérés par mon équipe, avec des outils d'IA » ;
- une réponse honnête, toujours, quand un fan demande s'il parle à un bot ;
- aucune affirmation fausse du type « c'est vraiment moi », « 100 % moi, pas d'équipe » ;
- une relecture humaine des messages de vente et des demandes sensibles, et un passage à un humain dès qu'un fan montre des signes de vulnérabilité ou de dépendance ;
- les mêmes interdits que pour les chatteurs : aucune rencontre proposée ou suggérée, aucune donnée personnelle, aucune promesse que la créatrice ne tiendra pas.
Cloner le visage ou la voix d'une créatrice : quel consentement ?
Un clone se fabrique à partir de photos, de vidéos ou d'enregistrements de la créatrice. Trois corps de règles s'appliquent.
D'abord le droit à l'image et à la voix : les tribunaux rattachent à l'article 9 du Code civil le droit de chacun de s'opposer à l'exploitation de son image et de sa voix. Une exploitation commerciale suppose une autorisation, et l'autorisation s'interprète strictement : elle vaut pour les usages qu'elle décrit, pas pour les autres.
Ensuite le droit pénal : l'article 226-8-1 du Code pénal, créé par la loi SREN du 21 mai 2024, punit de deux ans d'emprisonnement et 60 000 € d'amende le fait de diffuser un montage à caractère sexuel réalisé avec l'image ou les paroles d'une personne sans son consentement, y compris lorsqu'il est généré par traitement algorithmique. La peine passe à trois ans et 75 000 € quand la diffusion a lieu en ligne. Une agence qui continue d'exploiter un clone après la fin du contrat, ou au-delà de ce que la créatrice a accepté, se place sur ce terrain.
Enfin les données personnelles : photos et enregistrements vocaux sont des données personnelles. Ils deviennent des données biométriques, catégorie sensible de l'article 9 du RGPD, lorsqu'ils font l'objet d'un traitement technique spécifique permettant l'identification unique de la personne (article 4, point 14). L'entraînement d'un modèle sur un visage ou une voix n'entre pas automatiquement dans cette catégorie, mais la prudence commande de le traiter comme tel : consentement explicite pour une finalité précise, sécurité renforcée, durée de conservation fixée. Ce consentement est révocable à tout moment (article 7) et ne doit pas conditionner le reste du contrat : une créatrice doit pouvoir refuser le clone sans perdre son agence.
En pratique, le consentement utile tient dans un document séparé du contrat de management, signé, qui précise ce qui est cloné (visage, corps, voix), pour quels contenus, sur quelles plateformes, avec quelles limites (les mêmes que pour ses contenus réels), pour quelle durée et ce qui se passe quand elle le retire. MYM exige d'ailleurs un « consentement écrit » formel pour tout contenu IA représentant une personne.
Si une créatrice découvre un clone qu'elle n'a jamais autorisé : captures datées, signalement à la plateforme, plainte et demande de retrait sur les sites tiers. L'outil StopNCII permet aussi aux adultes de faire bloquer leurs images intimes sur les plateformes partenaires. Notre guide sur les contenus leakés détaille les démarches.
Quelles clauses IA mettre dans le contrat agence / créatrice ?
Un contrat de management signé avant 2025 ne dit généralement rien de l'IA. Il faut un avenant, ou une annexe IA, qui couvre au minimum huit points.
- Usages autorisés. Chatbot, images, vidéos, voix : chaque usage est listé, par plateforme. Ce qui n'est pas listé est interdit.
- Consentement au clone. Un document distinct, signé, au périmètre précis, révocable.
- Validation préalable. La créatrice valide les contenus générés avant publication, ou des échantillons par type de contenu.
- Transparence. Respect de l'article 50 de l'AI Act et des règles d'étiquetage de chaque plateforme ; jamais de démenti face à un fan.
- Règles du chatbot. Sujets interdits, relecture humaine des ventes, escalade vers un humain, conservation des conversations.
- Propriété du modèle. Les données d'entraînement et le modèle restent attachés à la créatrice ; l'agence n'a qu'un droit d'usage limité au contrat, sans réutilisation ni revente.
- Fin du contrat. Suppression du modèle et des données dans un délai fixé, avec attestation, et sort des contenus déjà publiés.
- Responsabilité et partage. L'agence garantit la créatrice contre un usage non conforme (suspension, réclamation, sanction), et la part de la créatrice sur les revenus du clone est écrite.
Ces clauses complètent celles que nous détaillons dans les 12 clauses clés du contrat d'agence. Elles rejoignent les documents qui permettent à une agence de démontrer qu'elle respecte la loi, décrits dans notre article sur la légalité des agences OFM.
Créatrice : ce que vous devez exiger avant d'accepter l'IA
L'IA peut vous faire gagner du temps. Elle peut aussi produire, avec votre visage, des contenus que vous n'auriez jamais tournés. Avant d'accepter :
- Demandez la liste écrite de tous les outils d'IA utilisés sur votre compte, y compris pour la messagerie.
- Ne remettez aucun jeu de photos ou d'enregistrements destiné à entraîner un modèle sans document signé qui en décrit l'usage.
- Fixez vos limites pour les contenus générés comme pour les vrais : ce que vous refusez de tourner, vous pouvez refuser qu'on le génère.
- Exigez la suppression du modèle à la fin du contrat, avec une attestation, et gardez une copie de tout ce que vous avez signé.
- Relisez votre contrat actuel : une cession large de « droits à l'image, sur tous supports, pour toute durée » peut être invoquée pour justifier un clone. Elle se renégocie.
Si votre agence utilise déjà l'IA sans vous en avoir parlé, mettez le sujet sur la table, par écrit.
OFM IA : les trois documents d'une agence en règle
Le fan doit savoir quand il parle à une machine, les contenus générés doivent être signalés et aucun clone n'existe sans consentement écrit de la créatrice. Pour une agence, la conformité tient en trois documents : une mention claire sur chaque compte, des règles écrites pour le chatbot et une annexe IA au contrat. Notre page agences et managers décrit comment nous les rédigeons.
Questions fréquentes
Est-ce légal d'utiliser l'IA sur OnlyFans ?
Un chatbot IA peut-il répondre aux fans à la place de la créatrice ?
Peut-on créer un modèle 100 % IA sur OnlyFans ou MYM ?
Faut-il le consentement de la créatrice pour cloner sa voix ou son visage ?
Que risque une agence qui cache l'usage de l'IA aux fans ?
Sources et textes cités
- Règlement (UE) 2024/1689 sur l'intelligence artificielle (AI Act), articles 3, 50 et 99 EUR-Lex, JOUE du 12 juillet 2024
- Règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026 (omnibus numérique sur l'IA) modifiant l'AI Act EUR-Lex, JOUE du 24 juillet 2026
- Commission publishes guidelines on transparency obligations for providers and deployers of certain AI systems Commission européenne, juillet 2026
- Conditions générales d'utilisation MYM, article 5.2.2 (Utilisation de l'intelligence artificielle) et messagerie AIR MEDIAS (MYM), version du 24 juillet 2025
- OnlyFans Terms of Service (AI Generated Content, responsabilité du créateur) Fenix International Limited, consulté le 11 septembre 2026
- Community Guidelines, section D (AI-Generated Media) Fanvue, version du 14 juin 2026
- How do I know if a creator is AI ? Fanvue Help Centre, consulté le 11 septembre 2026
- Règlement (UE) 2016/679 (RGPD), articles 4, 7 et 9 EUR-Lex
Ces informations sont générales et ne remplacent pas un conseil adapté à votre situation. OFM Legal n'est pas un cabinet d'avocats : les actions en justice sont portées par nos avocats partenaires.








